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SENEGAL
Pêche du petit thon, au large de Dakar


les combats demande une bonne condition physique

Le petit thon ou thonine, n’est pas un poisson exceptionnel par sa taille, comparativement à son cousin le thon rouge, mais il est doté d’une extraordinaire puissance. Il file comme une ogive dans l’eau grâce à sa forme parfaite. Combattre ce poisson sportivement n’est jamais de tout repos. Il faut être en très bonne forme physique pour affronter ce diable qui part à toute allure vers le large. La fréquence des touches est telle que l’on ressort souvent épuisé d’une matinée de pêche.

L'AVENTURE :

A un quart d'heure en chaloupe du port de Dakar, se situe une petite île qui fascine et enchante :Gorée la magnifique fleure bon la méditerranée.
Et pourtant, cette île n'évoque pas que de bon souvenirs, car c'est à la fin du seizième siècle quelle vit défiler dans ses prisons jusqu'en 1850 quelques millions d'esclaves qui y vécurent les pires souffrances. On estime à 15 millions le nombre d'hommes et de femmes perdus pour le continent africain.
A présent, seuls les touristes visitent cette île où les guides évoquent la détresse vécue par le peuple noir.

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poisson fragiles,une partie de la pêche est conservée

Au large de cette île, se trouve un site merveilleux et magique pour la pêche en mer. Je l'ai découvert en présence d'un skipper africain très doué, qui me permit de capturer un nombre incalculable de petits thons appelés communément thonine.
J'en ai gardé un mémorable souvenir, non pas par la taille des poissons, mais pour la qualité des combats qu'ils m'ont opposé en disputant chèrement leur vie. Vous n'êtes jamais maître de la situation, combattre cet adversaire sur ligne de vingt livres est un véritable challenge. A tout moment, il vous fausse compagnie en coupant votre fil contre la ligne de flottaison du bateau où les moules et les coquillages sont très nombreux.

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les thonines sont comme des truites en surface.jpg

A quelques miles des côtes, le rocher ! Retrouver un tel rocher sans aucun repère à une heure des côtes n’est pas une opération facile. Pourtant les autochtones le font couramment en s’aidant des étoiles. Ils arrivent après une nuit de pirogue à retrouver la position du rocher, et s’y installent pour une semaine de pêche dans des conditions très précaires et parfois très dangereuses. Beaucoup de veuves pleurent encore leurs marins qui se sont noyés pendant une campagne de pêche.
Les skippers professionnels de la pêche au gros, propulsés sur de très grandes barques par deux moteurs de 70CV,vont mettre une heure pour atteindre le rocher à 40°Ouest en s’armant d’un GPS et d ‘une boussole. Cette zone rocheuse à quelques miles des côtes est due au plateau continental qui s’arrête non loin de là.
Des centaines d’espèces se côtoient et s’abritent dans ces roches où elles trouvent refuge. Ces lieux sont traversés par de forts courants qui amènent la nourriture formée de plancton et d’invertébrés qui va alimenter sardines et harengs groupés en bancs très denses l’été. Les petits thons sont attirés par cette nourriture facile. Ils vont rester dans les parages, en faisant de temps à autre de brèves incursions sur la roche.
Vous pouvez très bien combiner sur une journée, la pêche au thon puis la pêche à la traîne pour essayer de capturer un de ces grands prédateurs pélagiques qui viennent aussi roder au voisinage du rocher.

Pêche à l’ancre et à l’amorçage
Nous arrivons sur place après une bonne heure de bateau et Mamadou signale à son assistant de getter l’ancre. Celle-ci effectivement met très peu de temps à se poser sur le fond.

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recherche au GPS et à la boussole
D’après moi, j’estime qu’il y a approximativement six mètres de profondeur, nous sommes bien arrivés sur le rocher. Une pirogue est amarrée un peu plus loin et je remarque des africains qui capturent des thons à l’aide d’un fil directement remonté à la main. Leur méthode de pêche ancestrale est très rustique, mais reste toutefois assez productive dans l’ensemble et ne demande aucune autre amélioration à leurs yeux. Une fois leur pirogue pleine, ils n’auront plus qu’à reprendre le chemin du retour.
Mamadou commence le rituel de l’amorçage, en découpant soigneusement les sardines qu’ils jettent à l’arrière en trois ou quatre morceaux. L’eau est très claire et malgré les vagues, on discerne très distinctement les morceaux qui s’éparpillent. Ils vont produire un petit nuage olfactif qui va attirer les prédateurs d’assez loin.
Au bout d’une dizaine de minutes, nous commençons à voir les thons monter simultanément jusqu’à la surface pour ingurgiter cette manne providentielle. Par moment, on croit voir des truites arc en ciel en plein gobage. Ces poissons ne sont pas bien gros, une quinzaine de livres tout au plus, mais ils filent comme des torpilles dés qu’ils replongent vers le fond.

La pression commencent à monter et l’envie de combattre ces bombes me démange.

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amorçage avec des morceaux de sardines

Un montage assez simple
Trois cannes sont préparées et chacun de nous en dispose d’une. A deux pêcheurs, une canne de plus aurait été préparée. Mais dans le cas présent, d’après Mamadou, c’est amplement suffisant, car les poissons sont nombreux. Souvent plusieurs cannes partent en même temps et il est assez délicat de décroiser les poissons qui partent à grande allure vers le large. Les montages ne sont pas très compliqués :ils sont constitués d’un bas de ligne doublé en nylon de 40 livres, d’une longueur de 3 m terminé par un hameçon simple de 4/0. Le tout est raccordé au corps de ligne par un émerillon baril. Le corps de ligne est en 20 livres de puissance sur deux cannes, la troisième est en 30 livres. L’assistant du skipper m’équipe d’un baudrier pour me faciliter la tâche, d’après lui, je vais en avoir besoin.
Mamadou me montre une astuce pour monter la moitié de la sardine sur l’hameçon. C’est assez judicieux, l’hameçon sert d’aiguille et traverse à plusieurs reprises la peau pour finir piqué dans l’intérieur de la chair. De cette manière, la hampe de l’hameçon est très bien camouflée et les thons vont engamer l’esche sans se méfier un seul instant.

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Action de pêche

Nous lançons à tour de rôle nos lignes vers l’arrière, la technique consiste à faire de grandes coulées en laissant descendre l’appât dans le courant, le plus naturellement possible. Tout ceci s’exécute bien sûr moulinet débrayé, pour faire face à un éventuel départ.
J’écoute attentivement tous les conseils que me donne Mamadou, qui a l’air de très bien connaître son affaire. Si l’appât n’est pas englouti, il faut vite le remonter pour le refaire passer sur la zone où est concentrée l’activité.

J’entends chanter un moulinet, c’est Mamadou qui a ferré le premier thon et il me passe aussitôt la canne. Je me retrouve suspendu à une masse musculaire qui semble ne jamais vouloir s’arrêter. Les accélérations sont très puissantes. Ne connaissant pas parfaitement le matériel, je n’ose pas trop brider le poisson. Il me faudra dix minutes d’acharnement et de patience pour commencer à le voir monter à la surface.
Mamadou l’attrape par la queue et l’arrache de son élément. Ces poissons sont de toute beauté, leurs formes sont parfaites, ils sont taillés pour la vitesse. La perfection des lignes de l’animal est telle, qu’il semble irréel. Après avoir décroché le thon, je récupère mon matériel pour essayer à mon tour d’en ferrer un.
Je comprends par la suite, que mon mouvement n’est pas parfait et qu’il y a une certaine subtilité dans cette pêche.

Enfin, je comprends la technique

On me redonne un peu plus tard une canne avec un thon qui me fait revivre là encore de merveilleuses minutes.
C’est un poisson sensiblement identique au premier, par la taille et le poids. Je m’applique ensuite à faire descendre mon appât correctement dans le courant, sans le retenir, le plus naturellement possible.
Je vois un thon qui s’en approche et qui le happe très rapidement. Je ferme alors le cliquet du moulinet en appuyant un grand ferrage. Mon frein bien réglé commence à retentir et je ressens toute la puissance de mon adversaire ; celui-ci a l’air d’être beaucoup plus gros que les précédents. La mer est démontée et je suis obligé pour être stable de me mettre en appui contre le rebord du bateau. Mes jambes sont légèrement pliées pour m’éviter de tomber. Mes genoux me font mal et durant le combat je me cogne sans cesse contre la barque. Après quinze minutes le thon se rend, le ventre contre la surface, il doit accuser une vingtaine de livres. L’assistant de Mamadou s’apprête à l’attraper mais je lui fais signe que je peux le faire. Le geste est naturel et même s’il y ajoute la difficulté de la prise, saisir mon poisson est un vrai plaisir.

Beaucoup de pêcheurs ont l’habitude de se faire assister durant toute la journée lorsqu’ils partent en pêche avec des professionnels. Pour eux, c’est normal puisque cette assistance est comprise dans le tarif de la journée. Certains même ne prendront jamais la canne tant que le poisson ne sera pas ferré par le guide. Pourtant la pêche reste un challenge et il est des plus intéressant de faire soi-même tous les mouvements lorsqu’on les a bien assimilés . Même si un poisson est raté au ferrage, quelle importance ! C’est le jeu ! Et c’est un aboutissement qui n’est pas désagréable à vivre.

Capturer mon premier thon m’a mis en confiance et tous mes mouvements sont mieux synchronisés. Je suis en pleine symbiose et au lieu de laisser filer mon moulinet en donnant, je colle mon pouce sur la bobine en fin de passée et pratique un petit ferrage contrôlé qui a pour effet de ramener mon esche au point de départ, tout ceci moulinet débrayé. Je gagne alors un temps précieux car ainsi mon appât revient plus vite sur le point chaud du poste.
Au total : 42 thons sont ferrés et ramenés au bateau avec les trois cannes durant la matinée. A plusieurs reprises, les trois cannes étaient pliées et à chaque fois Mamadou et son assistant attendaient à l’arrière du bateau que je finisse de combattre chaque thon pour me passer la canne suivante.
C’est en voulant abréger certains combats que les casses sont inévitables car le fil en passant sous le bateau frotte la quille couverte de coquillages.
Une bonne partie des thons a été gardée car cette espèce est fragile et saigne rapidement. Les remettre à l’eau après l’hémorragie aurait été ridicule. En arrivant sur le quai de nombreux touristes nous accueillent en nous félicitant et admirent nos prises.

Ces poissons sacrifiés vont faire bien des heureux car à Dakar, cette nourriture est la bienvenue et remplace bien souvent la viande.